dimanche 21 février 2016

Un jour ... je me suis dis que ce n'était pas si mal d'être un hérisson.


                                 


(Titrearallongebonjour).

Il parait que la fibromyalgie est la maladie des hypersensibles (c'est comme chez les pokémons, c'est l'évolution, voyez).Il est d'ailleurs peu probable d'être atteint de cette maladie sans avoir ce terrain là. C'est à la chercheuse américaine Elaine Aron que l'on doit les premiers travaux sur ce profil psychologique. Ce n'est pas une maladie mais une spécificité émotionnelle, cognitive et comportementale. Ce qui me semble assez cohérent si on part du fait que la fibro est un dérèglement du système nerveux ( reste à savoir dans quel sens l'un influence l'autre) ... C'est comme si le curseur de mes émotions étaient sans cesse régler au maximum. Sans régulation possible ...

A fleur de peau, hyperréacrive, facilement dépassée émotionnellement avec une propension à exploser de colère ou de tristesse, je suis la pro des débordements en tout genre. Il suffit d'une remarque, d'une scène violente ou d'une injustice pour que je plonge dans les méandres de la souffrance.Parce que oui, l'hyper sensibilité, c'est surtout de la souffrance. Vivre chaque événement de la vie quotidienne en mode intensité +++ n'est pas "trop cool ". Et je ne suis pas non plus dans le trip " artiste incomprise ". Je ne me sens pas supérieure aux autres, parce que eux sont de pauvres petites choses sans âme, qui ne comprendront jamais rien à la vie.  L'hypersensibilité, c'est pas pour se démarquer ou se la péter. Non, c'est juste de la vulnérabilité. Et c'est difficile à vivre.

Au quotidien, ça donne à peu près ça : des humeurs en dent de scie, je passe du rire aux larmes, la colère à la tendresse, à la tristesse avec une rapidité qui en déconcerte plus d'un, moi y compris. Pleurer pendant des heures après un film (ou ne pas en dormir la nuit) ou devant un spot de sensibilisation, être bouleversée par le chagrin des autres au point de fondre en larmes, exploser à la moindre contrariété ou injustice (pour des prétextes qui souvent semblent ridicules à mon entourage ) , mettre des heures à digérer une remarque ou une pique, sortir lessivée d'une discussion tendue, ne pas pouvoir lire le journal, regarder les informations, éviter toutes sortes de sujets de discussions ( maltraitance animale, fait divers sordides) ...

A tout ceci s'ajoute une forte réactivité aux stimulus extérieurs, je ne supporte ni le bruit, ni la foule. Je suis très sensible aux ambiances, certaines lumières m’agressent, je ne m’accommode pas de certaines odeurs ni de la fumée, je ne ressens pas de la même manière le chaud, le froid, je ne supporte pas la climatisation de la voiture ou certains textiles, intolérance à la sensation de faim, douleurs exacerbées   ...

Bref, l'hypersensibilité c'est pas le best choice pour aborder la vie de manière sereine et positive. En tout cas, pas dans ce monde là. Si un jour, on se retrouve catapulté dans une autre dimension faites de calme, de bienveillance, de respect et d'amour, on pourra en reparler ! J'aurais ré-intégrer mon milieu naturel et la survie en milieu hostile ne sera plus d'actualité ...

Il y a encore un an, j'aurais qualifié mon hypersensibilité de faiblesse psychologique (comme me l'a gentiment souligné l'un de mes proches), un handicap supplémentaire au quotidien. Alors que mon cerveau et mes sens fonctionnent simplement trop rapidement. Comme un pc qui aurait vingt fenêtres ouvertes en même temps en permanence et qu'il naviguait sans cesse d'une page à l'autre ...et que ça à aussi des avantages !

J'ai une grande capacité de compassion (pour ne pas dire empathie, d'ailleurs je me tâte à me tatouer son symbole dans la nuque)  ce qui fait que les gens aiment se confier à moi, me font confiance pour leurs secrets et aiment discuter de leurs problèmes avec moi.Par ailleurs, cette compassion m'oblige à avoir une morale globalement irréprochable ( ne pas faire aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'ils te fassent) et m'a fait développer un sens aiguë de la justice ( toujours en train de défendre les causes perdues et d'aider mon prochain ).  Ce qui n'est pas rien dans le monde actuel, il me semble.

Autre avantage et non des moindres, mon intuition s'est énormément développée et ma capacité d’analyse et de réflexion s'en retrouve augmenté, ce qui fait que je me fais beaucoup moins « avoir » par les autres. Les mauvaises langues me parleront de méfiance, voir de défiance, mais ce n'est pas le cas. Juste un meilleur esprit critique et une capacité d'anticipation plus pointue. Je pourrais corréler ce point à une autre "capacité" qui me semble propre aux hypersensibles ( ou aux gens ayant un peu plus de sensibilité que la moyenne) c'est le fait d'être perpétuellement entrain de nous remettre en question et donc d'être en constante évolution.
Quand on ressent le monde comme un lieu de grande "violence" ( moqueries, humiliations, harcèlement, irrespect), quand on en a fait les frais, je pense qu'il est normal de développer ce que ma mère appellerait sans doute, le complexe du hérisson. Repliée sur lui même, tout piquants dehors. Avant, j'aurais voulu vivre dans une bulle, coupée du monde, pour ne pas être sans cesse déstabiliser par les événements et mes émotions. Vivre dans cette société est extrêmement difficile pour une personne hypersensible. C'est notre Koh Lanta quotidien. Je me suis même demandé plusieurs fois,  ce que je fais là, à quoi je sers, à quoi bon continuer, puisque tout cela n’a pas de sens...

Pourtant, sans nous, le monde n'avancerait pas. Je me dis de plus en plus souvent que si je n'étais pas aussi sensible, je ne serais pas touchée par tant de causes dans le monde et je ne serais pas non plus animée de la même envie pour faire changer les choses ... Bien sûr, il faut que je me protèges, pour ne pas être trop secouée, mais j'ai de plus en plus tendance à utiliser ce que je ressens comme une force, afin d'amorcer un changement positif autours de moi en sensibilisant mon entourage sur certains sujets, afin d'être réellement actrice des changements que je souhaites voir dans le monde.

Alors, oui, je commence à m'apaiser concernant ce trait de ma personnalité. Je ne le considère plus spécialement comme une faiblesse, une tare, ou même une marque de folie ( je me suis souvent demandé si je n'étais pas une cinglée hystérique, tout simplement ..) et même si je culpabilise encore parfois de me "mettre dans des états pareils pour pas grand chose" et bien, je commence à relativiser tout ce que ça comporte ( des crises de larmes, aux angoisses existentielles en passant par mon aversion pour la laine et mon amour pour le "toudoux") , parce qu'après tout, mon hypersensibilité est aussi indispensable à ma personnalité que le nutella l'est à une crêpe party.

Et vous ? Connaissez-vous des personnes hypersensible ? L'êtes vous ? Comment vivez vous votre sensibilité au quotidien ? Est-elle une force ou une faiblesse ? Arrivez vous à en tirer parti ? quelles stratégies adoptez vous au quotidien ? Dîtes moi tout !



3 commentaires:

  1. Je ne veux pas te vexer mais j'ai l'impression que ce "trait de caractère" comme tu dis, c'est simplement un truc à la mode, comme les enfants hyper actifs et les bipolaires... Un gros fourre tout où l'on case tous les douillets affectifs. On est tous plus ou moins sensibles, à des degrés divers et selon les situations, ce n'est pas exceptionnel. Et puis, entre nous, c'est plus sympa de se catégoriser dans la faction des gens " bien " ( altruisme, générosité, empathie) qui réhausse notre image personnel plutôt que du côté des brutes épaisses. Je pense que même si tu es un peu plus vulnérable que la moyenne des gens, tu serais très bien capable de vivre hors de ton cocon.Il suffit de le vouloir ...

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  2. J'étais comme ça aussi, avant. Le bouddhisme m'a beaucoup aidé là dessus en m'obligeant à me décentrer. Les hyper sensibles sont très égocentrés, dans le sens où tout ce que disent et font les autres sont forcément " contre eux". Or tout prendre pour soi et se soucier sans cesse des autres, ça maintient dans une situation de dépendance franchement pas terrible ..Cela m'a aussi aidé à accepter qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Les antipathies, les rivalités, les incompatibilités d’humeur existent. C'est come ça, et c'est humain. Plus on en a conscience, plus on l’accepte et moins on se laisse déboussoler par les autres. Bref, le bouddhisme et ses enseignements ont été salutaires pour moi, j'espère que cela t'aidera aussi ! :)

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  3. L'hypersensibilité, ça m'empoisonne la vie depuis que je suis tout gamin. Trop de sensations, trop de questions, trop de doutes; Tout trop fort, tout le temps à en devenir dingue parfois. S'il y avait eu un traitement de désensibilisation afin de ne plus rien ressentir je l'aurais suivi depuis longtemps. Pourtant, je dois bien reconnaitre que ça a tout de même de bons avantages quotidiennement à condition de savoir gérer ses émotions... ce qui n'est clairement pas mon cas ces derniers jours. Concernant les aversions, tu mentionnes la laine, moi c'est le velour et la corne, ça me brule littéralement les doigts errrk rien que d'y penser. Sinon chouette article, je crois que tout y est bien résumé !
    F.68

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