samedi 5 décembre 2015

Un jour ... j'ai eu des dernières volontés.

grace–upon–grace:
“ Andre Stummer
”
Grace up Grace Photography
Si la question de donner ou non la vie revient souvent sur la tapis, il y en a une autre qui me tarabuste pas mal et pour cause, il s'agit de son indissociable acolyte, la mort. Naissance, mort, deux constituants inévitables de cette folie qu'on nomme la vie. Sauf qu'à la première, on rit, à la seconde, on pleure. Une arrivée, un départ. Une joie, une tristesse. Un cri, un souffle. Deux opposés parfaits. Si je parle souvent de la première sur mon blog, j'évoque rarement la seconde. Tout simplement parce que cette question me perturbe encore plus que la première quand je m'aventure à imaginer ma propre fin ... Et parce que la mort reste le dernier de nos tabous !

On peut parler de tout, ou presque. Vous avez déjà essayé de parler de l'euthanasie, du don d'organes, de vos dernières volontés, entre la poire et le fromage ? En général, soit la discussion tourne court ou alors elle devient un gros débat à forte teneur en sécrétions lacrymales et comprimés de xanax. Pourtant, la mort est une composante importante dans nos vies. Celle des proches, des aînés, des inconnus, de nos modèles mais aussi par la manière dont on se la représente. Et par nos croyances à son sujet. Personnellement, je ne crois pas en la ré-incarnation. Je ne crois pas non plus au paradis dans le sens où les croyants l'entendent. Par contre, je pense qu'il y a "autre chose" et pas simplement un retour à la poussière. Quoi exactement, je n'en sais rien et je ne suis pas pressée de le savoir. Parce que la question de la mort soulève d'autres échos comme la peur du vieillissement, de la dépendance, de la solitude, de la maladie, de la dégradation du corps (et/ou de l'esprit), des regrets ..d'être oublié pendant que tout continu sans nous.

Certains disent qu'il faut apprivoiser la mort, apprendre à mourir, pour vivre véritablement. C'est une belle idée même si je ne comprends pas comment on peut apprendre d'une situation qui ne se répète pas, dont on ne peut vivre qu'une unique expérience, sans coup d 'essai ( je n'inclus pas vraiment les EMI) et dont personne ne vient nous parler. c'est comme si on disait qu'on aimerait bien renaître parce qu'on sent qu'on s'est foiré la première fois .. compliqué non ? Chacun de nous naît pour la première et la dernière fois. Chacun de nous meurt pour la première et la dernière fois.

Une phrase d'Houellebecqu m'a beaucoup fait réfléchir quand on préparait l'enterrement de ma grand-mère. Les dernières semaines, elle nous donnait beaucoup indications sur ce qu'elle voulait ou non. Lui qui disait que ça ne servait à rien d'anticiper son trépas puisque tout le monde y arrive très bien du premier coup ... Et bien, je ne suis pas d'accord. Ma grand-mère à eu beaucoup de mal " à mourir". Cela a été long et douloureux. Pour elle et pour nous. Et préparer sa mort, avec elle, en plaisantant parfois, en pleurant parfois, c'était une vraie preuve d'amour. C'est une question d'amour que d'aborder cette question des dernières volontés avec ses proches.

Comment je veux partir, ce que je souhaites comme cérémonie, ce qu'il faut faire de mon corps, comment je veux que tu m'accompagnes, ce que je veux comme musique, comme fleurs, ce qu'il faut faire avec les dons, l'endroit où je voudrais reposer...

Il faut parler de la fin, je vous en supplie, parler de la mort avec vos proches, pour prendre soins d'eux, pour célébrer la vie jusqu'à la fin. Même si c'est dur, même si ça vous broie le cœur et vous arrache des larmes, même si vous ne parvenez pas à concevoir "l'après" . Ce n'est pas morbide, c'est vital. Il faut y aller avec courage, il faut y mettre les tripes, il faut briser les résistances ...Sur le moment, j'en ai beaucoup voulu à ma grand-mère de nous secouer avec ces questions, mais avec le recul, je lui en suis très reconnaissante. Elle est partie avec dignité et nous, avec la fierté d'avoir accompli ce qu'elle aurait voulu ... J'appréhende toujours ma propre mort, je ne suis pas guérie de celle de ma grand-mère mais je sais maintenant quelle mort je souhaite. Et un jour prochain, j'en parlerais à mes proches. Parce que je ne peux plus décemment vivre dans l'illusion de mon immortalité.

Et vous ? Comment abordez-vous la question de votre mort, de celle de vos proches ? En parlez vous librement, ou alors pas du tout ? Avez vous déjà songé à vos dernières volontés ? Pris des dispositions ? Vous considérez vous trop jeune pour y songer sérieusement ? Préférez vous faire la politique de l'autruche ? Vivez vous l'idée de votre fin avec fatalisme, angoisse .. ? Dîtes moi tout !


6 commentaires:

  1. C'est vrai que chaque mort étonne et scandalise, comme si elle était première ... Pour moi, c'est plutôt du domaine de l'abstraction car il n'y a rien de "concret " derrière la mort. Evoquer ce moment de passage entre vie et trépas, où l’on se dirait "je meurs", me donne le vertige... alors pour l'instant, je me tiens loin de ces préoccupations ..

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    1. Pour nous, il n'y a rien de concret. Pour les croyants, il y a le paradis, le nirvana, les limbes, la réincarnation .. Pour les scientifiques, il commence à y avoir des choses aussi, de plus en plus de livres sortent sur le sujet. Peut-être qu'ils auront percés le secret de la vie après la mort avant que notre fin survienne ..

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  2. Très beau billet qui n'a pas dû être facile à écrire ... J'aime beaucoup ta conclusion. C'est très bien d'en parler, de faire par de ses dernières volontés, il n'y a rien de pire qu'une "mort " impersonnelle ( j'ai déjà assistée à des obsèques " package" comme je les appelles, c'est d'un triste ). Pour ma part, je pense que vivre éternellement serait sans doute d’un ennui sans fin. Car le désir de vivre, de créer, d’aimer se nourrit d’obstacles. Et, sans l’horizon de la mort, cette énergie intérieure s’éteindrait probablement à tout jamais..

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    1. Moi au contraire, l'échéance de la mort me colle la pression car j'ai l'impression que je n'aurais jamais le temps de tout faire, que le temps passe trop vite ...

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  3. Il y a un poème de Jean Debruyne sur la mort, "la voleuse", que j'aime beaucoup. Surtout le début qui défini bien son essence ...Je cites :

    La mort est toujours une voleuse.
    J'ai beau le savoir elle me surprendra toujours.

    Je peux en parler, la mettre dans des mots, la prononcer en discours, l'écrire en livres je n'en saurai jamais rien.
    La mort surviendra toujours au moment que je n'attends pas.

    Même si j'en connaissais l'heure et le jour, elle restera inattendue.
    La mort ne peut que dérouter non parce qu'on n'y est jamais prêt mais parce que c'est sa vocation : elle déroute...
    Elle oblige à prendre une autre route, elle quitte la route des certitudes pour obliger à l'inconnu.

    En cela la mort fait peur, d'autant plus parce qu'elle est irrévocable et qu'on ne peut pas faire demi-tour si elle ne nous convient pas. Je pense que faire un testament, c'est aussi lui faire un pied de nez, comme si on lui disait " ok tu m'as eu mais j'ai encore le temps de faire passer un message ". Cela permet de boucler la boucle... Clairement, je n'ai pas envie de mourir aujourd'hui ou même demain, ma fille est encore petite et elle a besoin de sa mère, et puis j'ai encore pleins de choses à faire, mais si ça devait arriver, je sais qu'elle ne serais pas "veine" au vu des dispositions que j'ai prise ... comme un dernier sursaut de fierté et d'envie de laisser ma trace ...

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